Mon enfant est précoce, faut-il en parler aux professeurs (et comment en parler)?

Côté pile, maman / côté face, prof. La pièce qui trébuche.

Il y a fort, fort longtemps, j’ai péché. Oui, je l’avoue, je me suis gaussé devant un reportage télé présentant le désarroi de parents d’enfant précoce. « De quoi se plaignent-ils !? Moi, si j’avais un enfant ayant autant de facilités pour apprendre, je serais contente ! ». Une instance supérieure a dû m’entendre et se gausser à son tour « Ah oui, tu fais la maligne, eh bien tiens, t’es enceinte et tu ne rigoleras pas tous les jours lorsque ton enfant sera scolarisé ! ».

Durant les premières années, répondre aux nombreuses questions de l’enfant ne m’a pas posé de problèmes (en tant que prof de sciences, j’ai l’habitude des questions sur la vie en générale et l’univers en particulier). Là où ça a coincé, c’est lorsque j’ai dû répondre aux questions (et accusations) des professeurs ! « Pourquoi il ne sait pas attendre lorsqu‘il a fini un exercice !? Il est hyperactif, il doit voir un médecin! », « Pourquoi il cherche la petite bête lorsqu’on explique une chose ?! Il est insolent, il doit voir un psy !», «Son graphisme est mauvais ! Il doit voir un psychomotricien!» Bref, je me suis mise à raser les murs à la sortie de la primaire et j’ai appris à baisser la tête lorsque j’étais convoquée. Comment expliquer que oui, il a tout de l’enfant hyperactif, mais cela a débuté étonnamment en maternelle, lorsqu’il a fini par comprendre qu’à l’école on apprend lentement, si lentement…

Ça c’était du côté maman. Mais la prof que j’étais a vite réalisé l’envers du décor. Parce qu’en salle des profs (ou à la cantine), les mêmes mots étaient prononcés à propos d’élèves que je trouvais stimulants et attachants ! J’ai appris à traduire : « insolent » signifie « qui pose des questions auxquelles je ne sais pas répondre » ; « arrogant » signifie « qui s’est permis de relever une erreur dans mon résumé/énoncé » ; « fatiguant » est à remplacer par « j’ai autre chose à faire que de lui proposer des exercices personnalisés ». Je voyais bien que ces élèves, faussement sûr d’eux, étaient en souffrance. Il m’a été plus facile (plus facile, pas facile !) de plaider leur cause auprès de mes collègues en tant que prof que de plaider la cause de mon fils auprès de son enseignante !  

Parce qu’en tant que maman, on est pas crédible. Encore une mère qui passe tout à son enfant et le pousse ! » Oui, j’avoue (encore !) j’ai poussé mon enfant ! Je l’ai poussé à attendre et à ne pas réfléchir. « Non, tu apprendras ça à l’école… plus tard. ». « Tu dois obéir à la maîtresse sans réfléchir». Attendre et ne pas réfléchir, voilà ce que l’école nous oblige à enseigner à nos enfants… Je pense (enfin j’espère) que mon fils n’a pas eu de chance dans la loterie des enseignants. Il en a connu seulement 2 de formidables à la primaire. Les autres ont (presque) réussi à me culpabiliser d’avoir un enfant qui ne rentre pas dans le moule.

Mon enfant ne rentre pas dans le moule.

mon enfant ne rentre pas dans le moule

Moi non plus !

Cet enfant est brut de décoffrage, il est sans filtre et ne sait pas mettre de l’eau dans son vin (eh bien, avec cette phrase, on imagine une brute de 8 ans, une gauloise au bec et un verre de rouge à la main ! Bravo l’auteur !). Lorsque j’expliquais (au moins une fois par semaine) à mon fils qu’il devait s’adapter et ne pas toujours dire ce qu’il pensait, il me répondait invariablement « Mais c’est mentir ! Je ne veux pas mentir ! » Mon Dieu ! mon fils ne sera jamais politicien !

Chaque année, la question revenait donc : dois-je « expliquer » à l’enseignant le fonctionnement de mon enfant au risque de passer pour une mère poule ? Ou dois-je attendre d’être convoquée, au risque de laisser s’installer un quiproquo indélébile entre l’enseignant et l’enfant ? » J’ai tout testé. Je n’ai rien dit. Le problème est que l’enfant non plus ne disait rien. Il ne racontait rien de ses problèmes « parce que c’est toujours pareil ». Puis j’ai présenté le profil de mon enfant comme on annonce une malédiction (avec gêne et en redoutant les conséquences de cet aveu). Montrer pattes blanches avec un test de QI peut aider. Il a l’avantage d’apporter « une preuve » extérieure que vous n’êtes pas « encore un parent persuadé que son enfant est un génie ». Il faut juste éviter d’arriver en brandissant le papier comme une coupe du monde, ce qui risquerait d’agacer légèrement l’enseignant. À garder en poche et à sortir sur demande du prof. D’ailleurs, les enseignants qui ont du nez s’en passent très bien. Ils ont déjà senti le potentiel (de rapidité, d’imagination, d’originalité, d’humour…). Ce qui ne les empêche pas de trouver l’enfant FATIGUANT, et sur ce coup-là, on les comprend ! Surtout pour les garçons. Oui, j’ose le dire « les garçons et les filles réagissent différemment devant l’ennui ». Non ! pitié ! ne me dénoncez pas pour discrimination ! Oui, il y a autant de filles que de garçons précoces ! Mais, elles, elles savent (pour la plupart) mettre de l’eau dans leur vin… Je les appelle les Caméléons. De vrais Ninjas. Des Caméléons Ninjas, en fait ! Si votre fille est un Caméléon Ninja, vous serez tranquille. Pas de convocations ni de pleurs. Mais cela ne signifie nullement que l’enfant ne s’ennuie pas ferme et ne dépérit pas en classe. D’où la nécessité de compenser à la maison. C’est pourquoi je vous concocterai des articles sur des jeux, livres et activités remue-méninges. Si vous avez une fille qui, à l’école, ressemble à un ours polaire dans la jungle, ne m’insultez pas ! Je n’évoque pas cette ‘majorité’ masculine sans raison. Preuve en est ce très sympathique repas partagé avec une trentaine de parents d’enfant précoce d’une association. Ils étaient là, comme moi, pour se sentir moins seuls devant les difficultés. Eh bien, devinez… Ils avaient TOUS des garçons. On en a même rigolé (rires nerveux teintés d’épuisement).

Offrez des munitions à l’enseignant désarmé.

Après avoir corrigé des centaines de copies, préparé les cours et cherché de la documentation sur la dyslexie, l’enseignant ne se dit pas « Tiens, j’ai 2 minutes, je vais demander à google comment aider un enfant à haut potentiel ! » Et pourtant, il existe des textes officiels. Pourquoi ne les reçoit-il pas dans sa boîte mail pro ? Mauvaise communication ou bien les instances supérieures se disent-elles que le mail finira à la poubelle ? Pourquoi à la poubelle ? Parce que tous les profs n’ont pas la vue de Superman et, il faut bien le dire, la façade de l’enfant n’est pas reluisante : difficultés à s’organiser, à nouer des relations, graphisme grossier, réactions émotives disproportionnées, etc. Lorsqu’on n’a pas le même loustic à la maison, on ne pense pas d’emblée à la précocité intellectuelle ! Et comment deviner que cet enfant pinailleur possède une estime de soi au ras des pâquerettes et serait prêt à céder sa collection de dinosaures pour avoir un copain ! Lire un document officiel décrivant ce petit extraterrestre et expliquant comment réagir aidera fortement l’enseignant. Inutile de chercher une info dans le très sérieux education.gouv qui regorge de blabla ou renvoie sur une page de scolarisation des élèves en situation de handicap. Le seul lien qui aurait pu être utile est un lien mort…Non, non, aucune analogie avec l’école… Allez,  je vous ressuscite ce document de 3 pages

Petit aparté : vous noterez que les documents parlent d’enfant à haut potentiel ou EIP (Enfant Intellectuellement Précoce). Je navigue personnellement entre enfant précoce et EIP simplement parce que c’est plus court.

Autres documents intéressants :
Document EDUSCOL (18 pages) partant du constat que les EIP ne réussissent pas forcément dans les apprentissages scolaires, ce document donne des pistes très protocolaires (saut de classe, personnel éducatif pouvant intervenir…). Il présente les particularités cognitives de l’EIP (les mieux connues) mais également les particularités sociaux-affectives et comportementales (ce qui ouvre des horizons souvent inconnus à l’enseignant).
Conseil pour la scolarité des EIP- (9 pages écrites par les médecins du service du Dr REVOL, LA référence en matière d’EIP !). Petite réflexion personnelle : le fait que les médecins se soient intéressés à ces enfants avant l’Éducation nationale en dit long …

Je suis précoce. Mes profs vont bien !

livre sur enfant précoce et écoleEt voici un livre incroyablement bien fait. Écrit par Elsa Autain-Pléros, enseignante et mère d’EIP. Bien plus petit que les nombreux ouvrages sur les enfants précoces, il les bat tous par son exactitude, son efficacité et surtout son côté pratique. On ne le referme pas, comme beaucoup d’autres, en se disant « Ok, mais je fais quoi, maintenant ?! »

En plus des conseils sur l’accompagnement scolaire, l’auteur aborde les relations prof-élève et explique avec tact aux enseignants tout ce que vous n’oserez jamais leur dire. Par exemple, que le regard qu’il porte sur votre enfant influence le comportement de toute la classe. Ou bien que cet élève a une définition très précise du mot respect, définition qui peut différer de celle de l’enseignant, d’où les quiproquos…

L’auteur a également publié Je suis précoce; Mes parents vont bien. L’avantage de Je suis précoce. Mes profs vont bien, c’est de pouvoir l’offrir à un prof ‘cheval de Troie’. J’entends par-là un enseignant assez ouvert pour s’interroger sur les EIP et faire circuler le livre dans son établissement.

En voici le sommaire (cliquez dessus pour agrandir) : 

J’espère que cet article vous aura fourni des munitions. Munitions non pas ‘contre’ mais ‘offertes’ aux enseignants afin d’améliorer ensemble l’école, lieu de vie de nos enfants.

Si c’est vous qui êtes totalement démuni face aux chevaliers de l’Éducation nationale barricadés dans leur château fort, tout n’est pas perdu ! Car vous avez des alliés dans la place !  Les Référents académiques EIP. Le référent EIP est chargé d’informer le personnel éducatif sur ces enfants à besoins éducatifs particuliers. Il est également médiateur à ses heures, lorsqu’une situation est bloquée. Chaque académie doit pouvoir vous fournir les coordonnées de ces personnes en les contactant par mail (par exemple pour Paris eip75@ac-paris.fr) ou bien en remplissant un formulaire comme celui-ci pour Paris.  

La page outils pour les EIP de Paris vient d’être mise à jour, c’est bon signe, non ?   

Trouver le nom du référent sur un site académique relève souvent de la chasse au trésor. Pour vous faire gagner du temps, voici le lien vers la page du site prekos.fr listant les référents

Bon courage à tous. 

Il y a encore beaucoup à dire sur les enfants précoces, la catégorie PRÉCOCITÉ est vouée à s’étoffer ! Aussi n’hésitez pas à vous abonner (en demandant l’activité gratuite) ou à suivre tranquillement la page Facebook 🙂 

Delphine 

2 réflexions au sujet de « Mon enfant est précoce, faut-il en parler aux professeurs (et comment en parler)? »

    • De rien Pascale ! Même si la solution miracle n’existe pas toujours, il est déjà réconfortant de ne pas se sentir seule et de ne pas culpabiliser d’avoir un enfant qui ne rentre pas dans le moule étroit de l’EN ! À bientôt,
      Delphine

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